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Le rapport sur l’emploi des jeunes adopté par le CES regorge de propositions concrètes pouvant constituer la base d’un nouveau dispositif.

Chakib Benmoussa, président du CES.

La dixième session ordinaire du Conseil éco¬nomique et social (CES) a été tenue à Rabat 22 décembre dernier. Elle a été consacrée, entre autres, à l’adoption du rapport sur l’emploi des jeunes. Un document qui a été élaboré suite à des auditions et des discussions avec différentes instances publiques et privées actives dans le domaine de la promotion de l’emploi. Les proposi¬tions du Conseil s’articulent autour de trois axes : les grandes inflexions à opérer, les principes directeurs d’une nouvelle politique publique de promotion de l’emploi des jeunes et des mesures concrètes pour revoir le dispositif actuel de promotion de l’emploi des jeunes.

. Changement de modèle de croissance économique
La première recommandation du CES est d’ordre macro-économique. Ainsi, afin d’apporter une réponse durable à la question de l’emploi, « le Maroc devrait construire un modèle de croissance fort et équilibré, capable de générer de l’emploi, en quan¬tité et en qualité, permettant une meilleure répar¬tition de la richesse produite ». Pour ce faire, il fau-drait « s’appuyer sur une meilleure orientation de l’épargne et de l’investissement en direction des sec¬teurs porteurs, à forte valeur ajoutée et à réel effet d’entrainement ».
Le Conseil estime que ce modèle doit aussi mobi¬liser le potentiel d’entrepreneuriat et tirer parti de l’économie sociale et solidaire.

. Réforme profonde du système d’éducation et de formation
Cette suggestion vise à « permettre très tôt à nos jeunes d’acquérir des principes de responsabilité, d’affirmer une autonomie personnelle, de dévelop¬per le goût d’entreprendre et de l’initiative ». Côté renforcement de l’adéquation formation et emploi, il faudrait créer des « filières nouvelles adaptées aux stratégies sectorielles tout en resserrant les liens entre le monde de la formation et le monde du travail », le tout en encourageant la recherche et l’in¬novation ainsi que le développement de passerelles vertueuses entre l’Université et l’Entreprise.

. Besoin d’une nouvelle gouvernance territoriale
Le changement de mode de gouvernance des régions « devrait permettre l’émergence de véri¬tables projets territoriaux, libérant les énergies et les compétences locales et mobilisant les gisements importants de richesses économiques, à ce jour non identifiés ou insuffisamment exploités ». Ce chan¬gement « constituerait un levier fort de croissance et de création d’emploi ».

. Dépasser les dispositifs de promotion de l’emploi des jeunes en vigueur
Idmaj (appui à l’emploi salarié), Taehil (adéqua¬tion emploi –formation) et Moukawalati (dispositif d’appui à la création des petites entreprises), ces trois programmes mis en oeuvre depuis 2006 ne consti¬tuent pas une réponse pour promouvoir l’insertion des jeunes dans la vie active. Ce dispositif est à revoir de fond en comble, laisse entendre le conseil dans son apport.

. Recadrage et rationalisation de la gouvernance de la promotion de l’emploi
Il est impératif, selon le CES, d’adopter une gouver¬nance rationalisée et territorialisée des organismes publics de promotion de l’emploi des jeunes. Cette gouvernance devra s’appuyer, d’abord, sur une architecture institutionnelle plus cohérente. Ensuite, sur une observation continue du phénomène de l’emploi et de la formation plus pertinente. Et en dernier lieu, sur l’élargissement des missions d’intermédiation sur le marché du travail.

. Promotion de l’auto-emploi et de la création d’entreprises
Deux pistes majeurs pour promouvoir l’initiative privée. La première se focalise sur la création de la très petite entreprise (TPE) et sur l’accompagnement des jeunes porteurs de projets. A cet effet, le CES propose la promotion de la TPE par une structure dédiée ainsi que leur parrainage pour accompagner leur développement et faciliter leur incubation. La deuxième piste consiste à renforcer l’auto-emploi, particulièrement, dans le monde rural et périurbain. L’objectif est de développer et encourager les Acti¬vités Génératrices de Revenus dans le cadre d’une démarche globale et cohérente axée sur la valorisa¬tion de filières avec une déclinaison territoriale.

. Une solution pour les jeunes chômeurs de longue durée
Le CES propose la mise en place du contrat emploi d’utilité publique et sociale qui permettrait à des jeunes de bénéficier d’une expérience profession¬nelle au sein d’une association locale. En vertu de ce contrat, un « mandat » précis, validé et contrôlé est confié au jeune diplômé pendant une durée de 6, 9 ou 12 mois renouvelable une fois.
En contrepartie, le bénéficiaire perçoit une rému¬nération mensuelle et bénéficie de la couverture sociale. L’expérience est reconnue par une attesta¬tion délivrée par l’Etat et ouvre droit à une priorité, à compétences égales, lors des concours ouverts pour l’intégration dans la fonction publique.

. Amélioration de l’employabilité des jeunes
Le Conseil recommande de fournir un effort par¬ticulier pour renforcer les liens entre le monde du travail et le monde de la formation. Pour lui, la for¬mation initiale doit être fortement liée aux besoins prospectifs du marché du travail. Elle doit privilégier les formations de courtes durées, comme les contrat-programmes entre Etat-opérateurs de formation et entreprises. Le Conseil recommande également d’en¬courager et de promouvoir les services ou départe¬ments de stage et d’insertion des lauréats. De même, il préconise d’étendre des modules de formation com¬portementale et linguistique de base, tout en dévelop¬pant des formations en alternance entre l’entreprise et les centres de formation.

. Dynamisation de l’offre d’emploi
La réglementation de l’emploi doit à la fois préser¬ver les acquis des travailleurs et améliorer la compéti¬tivité des entreprises. A court terme, trois pistes sont identifiées par le Conseil. Primo, la mise en place de conventions collectives sectorielles tenant compte de situations spécifiques (emploi saisonnier et temps partiel). Secundo, la lutte contre le phénomène des cumuls d’emploi. Tertio, l’ajustement modulaire des couvertures sociales par secteurs ou segments d’entreprises.

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